Tourisme culturel :  les raisons d’un échec

Tout est fait pour que le patrimoine culturel, de source de richesse, se transforme en gouffre financier. Le manque à gagner est énorme.

Combien de visiteurs de musées et sites historiques compte l’Italie ? 50 millions par an. Et la Grèce ? 18 millions par an. Combien de visiteurs pour notre soixantaine de sites et musées ? 0,8 millions en 2018.
800 000 visiteurs, c’est beaucoup moins que ceux des 24 monuments et palais du Portugal (5 millions en 2017), et le même nombre de visiteurs que le seul Jardin Majorelle à Marrakech.
On peut toujours continuer à palabrer sur le « potentiel extraordinaire de notre magnifique patrimoine », les chiffres sont là pour nous prouver qu’on est loin du compte, loin d’être à la hauteur de notre potentiel. Quand le Colisée de Rome fait 7 millions de visites, celui d’El Jem, comparable et aussi bien conservé, n’en fait que 200 000 (2018).

Pour la Direction générale de l’Agence de Mise en Valeur du Patrimoine et de Promotion Culturelle (AMVPPC), ces chiffres sont « de l’ordre de l’acceptable si l’on regarde la place que représente le balnéaire dans le tourisme tunisien ». En gros, l’AMVPPC nous dit : « C’est pas moi, c’est lui ! » et conçoit son rôle non pas comme acteur du tourisme culturel mais comme rentier de ce qu’apporteraient aux portes de nos sites et musées l’administration et les professionnels du tourisme.

De telles contre-performances peuvent-elles s’expliquer par la crise du tourisme vécue depuis 2011 ? Non, ou sinon très partiellement. En effet, en 2010, le nombre de visiteurs n’était que de 2 millions pour l’ensemble des sites et musées et de 400 000 pour l’amphithéâtre d’El Jem.
La seule explication plausible réside dans notre façon de faire, et dans la manière dont sont conçues et agissent les structures dédiées à la promotion du patrimoine et du tourisme culturel. A leur tête, l’AMVPPC.

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Le siège de l’AMVPPC à Tunis

L’AMVPPC et la promotion du patrimoine

En effet, que penser d’une structure dont la quasi-totalité des revenus propres (hors dotation de l’Etat) provient des visites payantes des sites et musées (près de 5 millions de dinars en 2017) mais qui n’en dépense que 4% au titre d’« Aménagement et Entretien » de sites, monuments et musées ?
Que penser d’un établissement public à caractère non administratif dont les salaires engloutissent 70 % des revenus, soit la totalité de la dotation qui lui revient de l’Etat ?
Que penser d’une agence officiellement chargée de la promotion du patrimoine, et qui se propose seulement maintenant (soit 22 ans après la transformation de l’ancienne agence d’exploitation – l’ANEP – en une agence de promotion et mise en valeur) de créer en son sein une Direction chargée de la « Promotion du Patrimoine » ainsi qu’une direction commerciale ? Ce projet de nouvel organigramme, décidé il y a deux ans, est toujours en attente de réalisation.

Last but not least, l’AMVPPC, dans sa vocation comme dans son contrat-objectif 2018-2020, est chargée de promouvoir le tourisme culturel. Mais le comité de suivi de ce contrat-objectif ne compte aucun membre du Ministère du Tourisme.

Tout est donc fait pour que le patrimoine culturel, de source de richesse, se transforme en gouffre financier. Le manque à gagner est énorme.

Imaginons un instant une mise en valeur et une promotion adéquates des sites existants et de ceux non encore exploités, mais auxquels il ne manque pas grand chose pour l’être – Aïn Tounga, Musti… la liste en est longue.
Imaginons une nouvelle stratégie de commercialisation et de communication du Ministère du Tourisme où le patrimoine serait le principal critère de l’attractivité de la destination. Imaginons une AMVPPC œuvrant à attirer un public de connaisseurs et d’amoureux des monuments historiques, au lieu de se contenter des touristes voyageant pour d’autres motivations qui sont, eux, la cible de l’ONTT. L’objectif de 5 millions de visites payantes deviendrait alors fort réalisable (à raison de 80% de visiteurs étrangers et 20% de locaux, comme c’est à peu près le cas aujourd’hui).

5 millions de visites payantes : un objectif accessible

Un tel objectif équivaut à une recette de 44 millions de dinars par an. De quoi renflouer les caisses de l’AMVPPC et de l’ONTT réunis, et peut-être même se passer un jour des millions d’aide de la coopération internationale dont les donateurs commencent à montrer des signes de lassitude : « Tant d’experts, tant d’efforts, tant d’argent et jamais assez… » s’exclamait un ancien responsable de la coopération allemande.
L’objectif de 44 millions de dinars est d’autant plus réalisable que les tarifs d’entrée à nos sites et musée semblent dérisoires par rapport à ceux pratiqués ailleurs. En 2017, la moyenne des prix d’entrée était d’environ 8 dinars, soit moins de 3 euros ; un prix introuvable en Europe (le tarif pour le Colisée de Rome est par exemple de 12 euros). Passer à un prix de 6 euros nous permettrait même de financer des fouilles nouvelles.

A l’AMVPPC, on se cantonne à penser, selon la réponse que nous a donnée la Direction Générale, que « sur plus deux mille sites, monuments et musées potentiellement exploitables – financièrement parlant – seuls une soixantaine sont sur le marché, et l’investissement qu’il faut déployer dépasse le cadre des institutions patrimoniales et du seul ministère des Affaires culturelles ». Donc, botter en touche, encore et toujours.

Ce qu’oublie l’AMVPPC, c’est qu’on peut surtout lui reprocher non pas l’absence de nouvelles ouvertures de sites, mais la bonne « mise en tourisme » de ceux existant déjà.
En effet, l’AMVPPC tire 90% de ses revenus propres des seuls quatre sites de Carthage, Bardo, Kairouan et El Jem. Que fait l’AMVPPC pour les 56 autres sites payants ?
Ce n’est certainement pas la participation de l’Agence à deux salons de croisière (aux USA et à Barcelone) qui va apporter des visiteurs à Bulla Regia, Makthar ou Haïdra.

Ceci nous amène à penser que le développement du tourisme culturel suppose au moins :

  • une évolution des missions, du financement et de la gouvernance de l’AMVPPC ;
  • une nouvelle stratégie de communication de l’ONTT mettant au cœur du positionnement de la destination sa richesse patrimoniale* ;
  • et enfin une meilleure coordination entre les ministères du Tourisme et des Affaires Culturelles.

Lotfi Mansour

NB : les chiffres sur l’AMVPPC sont extraits du Contrat-objectif 2018-2020 de l’Agence avec le Ministère des Affaires culturelles.

(*) Pour plus de détails, voir le livre « Le Tourisme est mort, vive le tourisme » par Lotfi Mansour, Dad éditions.




Thomas Cook ou le syndrome “too big to fail”

Seuls les connaisseurs du secteur ne pouvaient pas croire à une faillite de Thomas Cook. Explication.

 

Alors qu’une conférence de presse sur la faillite de Thomas Cook vient d’être tenue par le Ministre du Tourisme (photo), l’opinion semble obnubilée par la recherche d’un coupable avec l’argument : « C’était prévisible et on aurait dû le prévoir ». Même si son impact sur l’hôtellerie tunisienne reste circonscrit, et relativement restreint par rapport à d’autres destinations.

Certains politiciens ont vu dans cette faillite l’occasion d’accrocher le Ministre du Tourisme, René Trabelsi ; d’autres, une défaillance dans la gestion des hôtels. A les croire, on aurait dû faire mieux que les Grecs, les Turcs, les Espagnols et toutes les destinations aux moyens incomparablement supérieurs aux nôtres…

Au sein des professionnels, la réaction presque commune est de dire : « Qui l’aurait cru ? ».
En effet, Thomas Cook fait partie des trois mastodontes du tourisme européen et mondial. Sa taille est si prépondérante dans le secteur que personne ne pouvait douter qu’il serait renfloué.
A l’image des grandes banques maintes fois renflouées pour leur éviter la faillite, on a pensé que Thomas Cook le serait aussi, surtout après le plan de sauvetage de l’actionnaire chinois Fosun qui avait mis sur la table 900 millions d’euros. Un plan qui semblait tenir la route et auquel il fallait ajouter 200 millions.

Le gouvernement britannique a préféré sacrifier la société plutôt que de la renflouer, sous prétexte que son « business plan n’était pas convaincant » et quitte à dépenser dans la foulée le double de l’aide demandée.
Comme Barack Obama pour Lehman Brothers, Boris Johnson, le Premier Ministre britannique, a décidé de laisser tomber Thomas Cook. L’aurait-il fait si Thomas Cook n’était pas si allemand ? Condor, lui, vient d’être secouru par les autorités allemandes avec 380 millions d’euros. Prions que le reste des filiales de Thomas Cook le soient aussi par leurs gouvernements respectifs.

Mais revenons à nos moutons (ou plutôt à nos ânes) qui sont allés jusqu’à insinuer une “collusion tunisienne” dans cette faillite. Alors que la seule faute des professionnels tunisiens, à l’instar des professionnels du monde entier, est peut-être d’avoir été trop bien informés de ce que représentait Thomas Cook dans le tourisme mondial : une société “too big to fail”. Et de lui avoir consenti, comme du reste tous les hôtels du monde entier, des délais de paiement excessifs (60 jours, extensibles d’un mois grâce à une clause de non paiement durant un mois par trimestre).

Suite des évènements

Lors de la conférence de presse tenue hier par le Ministre du Tourisme René Trabelsi en présence de l’Ambassadrice britannique et des présidents des fédérations professionnelles tunisiennes , promesse a été faite par le Ministre de proposer un CMR afin d’étudier la possibilité d’un report de paiement de certaines taxes sous forme d’un “crédit d’impôt”.

Concernant les clients séjournant actuellement en Tunisie, seule la situation des Britanniques est clarifiée (prise en charge des séjours par l’arrangement ATOL-gouvernement britannique de ceux séjournant du 23 septembre au 6 octobre).
Pour les autres nationalités, faute de réponse des filiales concernées, les hôtels tunisiens pourraient demander le règlement par les clients qui se feraient ensuite rembourser selon les règles de la directive européenne des voyages à forfait (en application depuis le 18 juillet 2018) laquelle stipule que le voyagiste doit prévoir la poursuite du séjour et le rapatriement de ses clients en cas de faillite.

Lotfi Mansour




Vidéo - René Trabelsi : ce qui est fait, ce qui reste à faire…

Entretien avec René Trabelsi. A bientôt un an de son arrivée à la tête du ministère du Tourisme et de l’Artisanat, il livre son bilan et se livre : ses convictions, ses projets, ses coups de foudre…




Un documentaire en l’honneur des bâtisseurs

« Des hommes et des étoiles » est le documentaire qui a été diffusé lors de la soirée de gala de Tunisia Hospitality Award et plébiscité par l’ensemble des invités.

 

Une occasion de rassemblement de la grande famille du tourisme, y compris de ses personnalités éminentes qui nous ont quittés : telle a été la philosophie de la cérémonie de remise des prix de Tunisia Hospitality Award avec l’exposition « Le passé, c’est l’avenir » et la diffusion du documentaire « Des hommes et des étoiles ».

Autant l’exposition que le documentaire rendaient hommage aux bâtisseurs de l’hôtellerie et du tourisme tunisiens.

Lire aussi notre article sur Tunisia Hospitality Award.




Echos de l’ITB : Tunisia is back

L’ ITB, premier salon mondial du tourisme, qui s’est tenu du 6 au 8 mars à Berlin, a tenu toutes ses promesses avec 113 500 visiteurs professionnels et de bonnes prévisions pour la Tunisie.

« Tunisia is back »

Tel est le commentaire du premier magazine professionnel allemand, FVW. Un retour de la destination sur le marché allemand qui lui permettrait d’atteindre cette année les 400 000 visiteurs.

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La bataille de l’hiver

Le Ministre du Tourisme et de l’Artisanat, René Trabelsi, a dû insister durant ses rencontres avec les grands tour-opérateurs sur les besoins de la destination en remplissage durant la période hivernale. Tunisair, de son côté, est entré en négociation avec ces mêmes TO pour la commercialisation des avions A320 neo pour l’été 2020, et une augmentation de ses fréquences depuis l’Allemagne pour l’hiver 2019/2020, notamment sur Djerba et Monastir.

Ali Miaoui (DGA de Tunisair) et le Ministre René Trabelsi

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Tendances

Le marché des tour-opérateurs allemands enregistre une augmentation plus nette des revenus que du nombre de client grâce à des prix de vente revalorisés.

Le Top 3 des TO sur les 3 marchés germanophones (Allemagne, Suisse alémanique et Autriche) reste inchangé avec une TUI en tête (+ 8,5% des revenus et 14% de part de marché), Thomas Cook au 2e rang (+ 4,7% des revenus et 9,7% de part de marché) et enfin DER Touristik (- 1,2% des revenus et 7,4% de part de marché). Ce dernier, en recul en Allemagne pour cause de restructuration, se maintient en Tunisie en tête des tour-opérateurs (via Rewe Touristik et son réceptif DER Touristik Service DTS) avec un nombre de clients estimé à 60 000 en 2018 et 90 000 prévus en 2019.

Le groupe DER Touristik compte actuellement 8 hôtels franchisés en Tunisie (4 enseignes) et un hôtel en gestion (Lti Bellevue Park).

Le Ministre du Tourisme recevant le staff de DER Touristik :
(de g. à dr.) Foued Lejmi (Directeur Général DTS Tunisie & Contracting Manager DER Touristik), Christian Grage (CEO DER Touristik Hotels & Resorts), Karim Baaziz (Directeur des Opérations DER Touristik Hotels & Resorts) et Hassene Brahim (Directeur Commercial Afrique du Nord DER Touristik Hotels & Resorts)

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Tourisme et développement durable

Le ministre du Tourisme et de l’Artisanat, René Trabelsi, était l’invité d’honneur de la journée “Tourisme pour un développement durable”. Il a pu dialoguer avec le Secrétaire d’Etat Allemand au Ministère de l’Economie, de la Coopération et du Développement (BMZ), Norbert Barthle, le président du DRV, Norbert Fiebig, ainsi que Sarah Schwepcke, directrice Tunisie du GIZ.

Le ministre allemand a pu ainsi souligner la volonté de son pays de soutenir les pays dont les politiques touristiques s’inscrivent dans une optique de développement durable garantissant non seulement l’embellissement et la protection de la nature, mais surtout plus de revenus pour les locaux : « La durabilité est partie intégrante de toute politique touristique et non plus une option » a-t-il insisté.

De son côté, René Trabelsi a exposé les progrès récents du tourisme tunisien en exprimant le besoin « d’un appui allemand dans les domaines de la formation, la qualité et surtout de l’environnement ».

(De g. à dr.) Le Ministre allemand Norbert Barthle, le président du DRV Norbert Friebig et René Trabelsi ITB2019-GIZ1

L’équipe GIZ Tunisie avec le Ministre du Tourisme et des hôteliers :
Sami Saya (1er à partir de la g.), chef du Cluster Economie et emploi GIZ Tunisie,
Mourad Belajouza de Seabel Hotels (3e ), Sarah Schwepcke, directrice Tunisie du GIZ,
René Trabelsi et Farhat Ben Tanfous, de la Résidence Toumana à Djerba

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Agents de voyages tunisiens

Les agents de voyages tunisiens étaient présents en force à l’ITB. Des délégations des deux fédérations, FTAV et Fi2T, étaient présentes et, à leur tête, les deux présidents Jabeur Ben Attouch et Houssem Ben Azzouz.

(De g. à dr.) D. Letaief (SG FTAV), Z. Felfoul (Option voyages), M. Ameur (Barclay’s),
J. Ben Attouch (Président FTAV), I. Ouerzazi (Travel Academy)

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(De g. à dr.) K. Kamoun (Voyages 2000), W. Tritar et I. Jedai (Blue Style)

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Best Of Tunisia

Le guide “Best Of Tunisia” de TunisiaTourism.info était largement diffusé sur le salon. Pour l’occasion, le portail (édité par MCM) a aussi diffusé des marque-pages en plusieurs modèles illustrant l’artisanat et le patrimoine tunisiens.

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Tunisia Hospitality Award : le jury reçu par le Ministre

René Trabelsi, accompagné de la nouvelle Directrice Générale de l’ONTT Amel Hachani, a reçu aujourd’hui le jury du trophée Tunisia Hospitality Award (lire notre article). Ce jury est composé de Mounir Ben Miled (président du Jury), Mehdi Allani (FTH), Sonya Ayed (FTAV), Walid Tritar (FI2T), Emna Bouchoucha (consultante) et Lotfi Mansour (MCM/tunisiatourism.info).

Le Ministre a approuvé le processus envisagé pour sélectionner les hôtels à primer – processus basé sur le GRI de ReviewPro, donc sur les avis et notes des clients.
Cependant il a relevé que, si le client peut décider de la réputation des hôtels, il doit le faire en étant informé de ses droits et devoirs. S’inscrivant en faux contre l’idée que « le client est roi », il préfère dire que « le client a toujours raison, sauf quand il a tort ! ».
René Trabelsi a ainsi attiré l’attention sur la difficulté pour les hôtels de faire cohabiter des groupes de clients dont les aspirations sont parfois divergentes. Il a insisté sur le fait qu’il revient aux hôtels d’être pédagogues afin de faire connaître et respecter leurs règlements internes.

Par ailleurs, le Ministre du Tourisme a approuvé l’idée de décerner un prix spécial du Jury aux meilleurs élèves des écoles de formation.

Rappelons que la 1e édition du trophée Tunisia Hospitality Award se tiendra mercredi 19 juin au Laico Tunis. La distribution des trophées se fera lors d’un dîner-gala qui sera rehaussé par la présence du Ministre du Tourisme et de l’Artisanat.

 

De gauche à droite : Sonya Ayed, Emna Bouchoucha, Mehdi Allani, Lotfi Mansour, Mounir Ben Miled, René Trabelsi, Amel Hachani, Walid Tritar.

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René Trabelsi (Ministre du Tourisme) et Amel Hachani (Directrice Générale de l’ONTT)

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Tourisme : gestion à flux tendu

A l’image du stock de pièces de rechange de Tunisair, le tourisme vit sous le régime de la gestion à flux tendu. Pourvu que ça ne casse pas.

 

La 47e session de la réunion des représentants de l’ONTT, qui s’est tenue au Laico Tunis mercredi 9 janvier, était placée sous le signe d’une double progression, celle des prévisions pour l’été 2019 et celle des réalisations pour l’hiver en cours. C’est le cas pour la quasi-totalité des marchés européens.

Pour l’Allemagne, par exemple, l’année 2018 se clôture avec une augmentation des entrées de 51%. Le booking pour cet hiver progresse de 30%, et pour l’année 2019, la croissance attendue est aussi de 30%.

Des réalisations et des prévisions qui confortent le scénario du Ministre du Tourisme de finir 2019 avec 9 millions d’entrées. Le ministre veut de surcroit atteindre cet objectif avec les produits d’hiver à haute valeur ajoutée. « Si nous voulons atteindre cet objectif, il nous faut le faire entre novembre et mars », a-t-il asséné aux représentants de l’ONTT.

Si la question de la capacité de Tunisair à suivre la croissance du tourisme est revenue souvent dans les débats, celle de la réduction du budget de la promotion du Tourisme a été moins évoquée…

Tant va la cruche à l’eau…

En attendant un hypothétique Open Sky, les ambitions de croissance du tourisme tunisien restent tributaires du développement de la flotte de Tunisair, laquelle ne se fera qu’en 2020 (inchallah). Et puisque la restructuration de la compagnie ne semble plus d’actualité, les cadres de Tunisair continueront en 2019 à faire les contorsionnistes pour « faire plus de vols avec moins d’avions », avec un risque grandissant de pannes, sinon d’un ras le bol de subir les conséquences et les critiques pour des décisions qui leur échappent.

Démentir Gad Elmaleh

Les cadres du Tourisme (et le Ministre à leur tête) n’ont, eux, rien à envier à ceux de Tunisair, puisqu’ils doivent toujours « faire plus avec moins de moyens ». En effet, la prouesse de l’actuelle équipe au ministère du Tourisme ne serait pas de réaliser 9 millions d’entrées, mais de le faire avec un budget de promotion amoindri (49 millions de dinars comme en 2018, avec des prévisions de 1 euro pour 4 dinars*).

Malgré sa croissance, le tourisme s’est, en effet, vu couper les ailes par le gouvernement. Le volontarisme d’un René Trabelsi, qui pense que « des économies sont toujours possibles dans les budgets tels qu’ils sont », suffira-t-il à faire « décoller le tourisme en 2019 » comme il l’a déclaré ? Réussira-t-il à démentir la chanson parodique de Gad Elmaleh : « Petit oiseau, si tu n’as pas d’ailes , tu peux pas voler » ?…

          Lotfi Mansour

* le budget global du ministère du Tourisme diminue quant à lui de 4%.

Le Ministre du Tourisme René Trabelsi
en compagnie du PDG de Tunisair, Elyes Mnakbi

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MICE : le temps de la relance

Après des années de somnolence du MICE, letourismemagazine.com a réuni l’ONTT, Tunisair, l’AMVPPC et les professionnels pour examiner les voies de la relance du secteur sur les marchés internationaux.

 

Réunis le 1er novembre pour une table ronde au Golden Tulip Carthage à l’invitation de letourismemagazine.com, les acteurs du MICE en Tunisie ont débattu des actions à entreprendre en 2019 pour une relance de la destination sur les marchés des incentives et congrès.

Il en est ressorti un projet de feuille de route comprenant notamment :

  • une reprise de la participation tunisienne aux salons spécialisés (IMEX Francfort…) selon le principe du partenariat public/privé, avec signature d’une convention entre l’ONTT et les professionnels ;
  • l’organisation de workshops et d’éductours avec des acheteurs et agences internationaux, avec l’appui de l’ONTT et de Tunisair ;
  • deux projets de conventions entre l’AMVPPC (Agence de Mise en Valeur du Patrimoine et de Promotion culturelle) et l’ONTT d’une part, et avec les professionnels (Commission MICE de la FTAV) d’autre part, afin de faciliter la tenue d’évènements MICE sur les sites archéologiques ;
  • le renforcement de la communication MICE et le soutien à la candidature de la destination aux congrès internationaux.

Les débats ont permis un échange de points de vue, notamment entre Tunisair et les agences MICE sur la question de Tozeur.

Le représentant de l’AMVPPC a, quant à lui, exprimé la disponibilité de l’AMVPPC vis-à-vis des agences MICE et de l’ONTT pour promouvoir les sites archéologiques et les musées en tant que lieux d’évènements. Il a attiré leur attention sur le potentiel du site de Oudhna.

 

Le résumé en vidéo :

 

 

Les participants :

table-ronde-ONTTONTT : Amel Hachani (Directrice Centrale Marketing) et Amira Zormati (chef de la cellule MICE)

table-ronde-tunisairTunisair : Fayçal Ben Amara (Directeur des ventes)

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AMVPPC : Daouda Saw (Directeur des études, de la programmation et de la Coopération Internationale)
et Zied Faiz (Chef de service, direction exploitation)

table-ronde-agences1Agences MICE : Jamel Bel Haj Yahia (Iris Events, Président de la Commission MICE de la FTAV),
Sami Mathlouthi (Terre d’Ailleurs), Arslène Letaïef (Imagine)

 table-ronde-hotelsHôtels : Ezzedine Abdelkefi et Emna Bouchoucha (Dar Jeld Hotel & Spa Tunis),
Anis Souissi (Le Royal Hotel Hammamet)

Le débat était animé par Lotfi Mansour pour MCM (Tunisia Incentives & Meetings, TunisiaTourism.info et letourismemagazine.com)




Entretien avec Ali Miaoui : un CMR sur la restructuration de Tunisair en octobre

Pour Ali Miaoui, DGA de Tunisair, le salon IFTM Paris a été une occasion de marteler un message : Tunisair recouvre sa santé, ses chiffres depuis 2017 prouvent sa viabilité, et elle n’attend que le financement de son plan de restructuration pour retrouver sa profitabilité d’antan.

Un plan de restructuration, précise-t-il, qui a été récemment approuvé par tous les partenaires de la compagnie et qui fera l’objet d’un Conseil Ministériel Restreint au mois d’octobre.

 

LeTourisme-logo
Comment va Tunisair ? Mal… ou mal ?

Ali Miaoui
Tunisair va de mieux en mieux. Nous en sommes à notre 17e mois de croissance consécutif. Nous clôturons 2017 avec 18% d’augmentation du trafic passagers (à 3,5 millions, ndlr) et 29% pour le chiffre d’affaires. Nous améliorons de 3% notre part de marché ainsi que notre coefficient de remplissage, et nous améliorons d’une heure l’utilisation de nos avions.
Je rappelle que pour 2017, nous réalisons un record jamais atteint par Tunisair tant en chiffre d’affaires qu’en nombre de passagers, et que nous nous apprêtons à réaliser de nouveaux records cette année à 3,9 millions de passagers et 1500 millions de dinars de chiffres d’affaires.

Ce n’est pourtant pas la perception que vos clients ont de Tunisair, notamment les Tunisiens…

Evidemment, tous les clignotants ne sont pas au vert. Nous avons des problèmes de retards. Ceci est dû au vieillissement de notre flotte (15,5 ans de moyenne d’âge). Nous n’avons pas pu acquérir de nouveaux avions, ni en 2018 ni en 2017, et nous avons dû affréter des avions avec l’objectif d’améliorer l’utilisation journalière de nos appareils.
Cet objectif a été atteint avec un autre record, jamais atteint par nous, de 10h45 d’utilisation journalière par appareil. Ceci a créé des tensions au niveau de la flotte, notamment au niveau de l’aéroport de Tunis qui souffre de problèmes d’infrastructures. En effet, Tunis-Carthage est conçu pour accueillir 4,5 millions de passagers et on en est à 6 millions aujourd’hui.
Ceci dit, nous comptons sur notre plan de renouvellement de la flotte (6 nouveaux avions entre 2019 et 2021 à raison de 2 avions par an) pour résorber les problèmes de retard.

Il y a le gros point noir du handling…

Oui, le problème est qu’un sous-traitant de Tunisair Handling n’a pas pu assurer le service qu’on lui demande, ni en nombre d’employés ni en qualité de prestation. Il a fallu recruter 140 personnes sur le compte de Tunisair Handling pour désengorger le service cet été. Le système de sous-traitance du handling a montré ses limites et nous l’arrêtons totalement dès 2019.

Sur le marché français, vous figurez dans le Top 10 des compagnies aériennes en termes de croissance. Il en sera de même cette année ?

En 2018, notre croissance sera de 10%, et en 2019 nous comptons sur le renforcement de notre flotte pour répondre à la demande. Le fait est que nos deux nouveaux avions n’arriveront qu’à la fin de l’été 2019. Nous avons pensé qu’il serait plus judicieux, au vu de l’importance du marché français, de repositionner sur la France quelques vols destinés à l’Europe Centrale.

Le retour du tourisme ne semble pas vous avoir convaincu de renforcer votre offre charter…

Ce sont les tour-operators qui ont fui le charter. Aucun TO ne demande d’avions en charter, mais plutôt des blocs de 20 ou 40 sièges. Ce fait donne de l’importance au rôle des consolidateurs, que nous appuyons.

Le trafic charter ne reprendra plus jamais son niveau d’avant pour la simple raison que l’offre des compagnies en régulier s’est bien développée, dans un contexte de développement du package dynamique au détriment de l’ancien modèle du forfait.

N’avez-vous pas l’impression que la croissance actuelle du marché français profite plus à d’autres compagnies, notamment celles du groupe Air France, qu’à Tunisair ?

Notre croissance n’est pas limitée par notre modèle économique. Elle l’est par notre capacité en flotte. Si nous avions des avions en plus, notre croissance serait encore plus importante.

Quelles sont les perspectives de Tunisair pour les prochains mois, malgré sa non restructuration ?

Après un round de réunions et de négociations avec le ministère du Transport et l’UGTT depuis septembre 2017, et maintenant que toutes les parties prenantes l’ont approuvé, le plan de restructuration est maintenant au niveau du Ministère chargé des grandes réformes. Il fera l’objet d’une réunion la semaine prochaine et d’un Conseil Ministériel Restreint au mois d’octobre.

Quelles sont les grandes lignes de cette restructuration ?

Il y aura une nouvelle stratégie commerciale, avec notamment le développement d’un concept Low Fair (et non Low Cost) au départ de Monastir et Djerba ; les B737 y seront affectés. Il y aura aussi un développement sur Tunis-Carthage exempté d’Open Sky. Comme tout plan de restructuration, ce plan comporte un plan de compression des charges approuvé par l’UGTT, avec notamment le départ de 1200 personnes. Il ne nous manque plus que le financement de ce plan pour indemniser les personnes concernées.

De combien avez-vous besoin pour financer votre plan de restructuration?

Nous avons besoin de 1200 millions de dinars.

Propos recueillis par Lotfi Mansour

La conférence de presse tenue en marge de l’IFTM Paris.
A cette occasion, le DGA de Tunisair n’a pas essayé d’éluder les questions critiques : il a annoncé par exemple que le nombre de réclamations avait atteint 20 000 en 2018, contre 8000 seulement en 2017. Ali Miaoui a invité les clients à faire leurs réclamations par écrit, en précisant qu’il sera possible à partir de janvier 2019 de les déposer directement sur le site web de la compagnie.

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Statistiques : la destination va mieux, les hôtels pas encore

Plus d’arrivées qu’en 2010 mais moins de nuitées : le tourisme tunisien va mieux, mais il est toujours convalescent.

 

Des statistiques à la fin du mois d’août, on retiendra la bonne croissance des arrivées des non résidents : elles enregistrent une hausse de 19,4% par rapport à la même période de 2017, et même de 7% par rapport à 2010. Une croissance soutenue essentiellement par le retour des marchés européens, en hausse de 48,6% par rapport à 2017.

Cette hausse des Européens reste, cependant, insuffisante puisque les entrées européennes sont encore en recul aussi bien par rapport à 2014 qu’à 2010 (respectivement – 16,6% et – 36,9%). Ceci explique sans doute le retard non encore comblé dans les nuitées (– 32,9% au 30 juin ; les chiffres ultérieurs ne sont pas encore publiés) et la circonspection des hôteliers.

En effet, le poids des Européens dans les nuitées, et donc dans les recettes des hôtels et de la destination, reste prépondérant (voir tableau ci-dessous) malgré sa baisse depuis 2011. Ainsi, avec seulement 24% des arrivées, les Européens représentaient en 2017 plus de 52% des nuitées (contre 82% en 2010) et près de 60% des recettes touristiques du pays (contre 81% en 2010).

Il faut néanmoins se réjouir de la tendance amorcée cette année d’un rééquilibrage du poids de nos principaux marchés (européen, maghrébin et local) et du retour progressif des produits à haute valeur ajoutée (MICE, thalasso…).

Lotfi Mansour

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