Ministère du Tourisme : changement et continuité

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Avec la nomination de Jamel Gamra, le portefeuille du Tourisme conserve son record de plus faible longévité pour un ministre. Cependant, cette nomination comporte une nouveauté : c’est désormais Ennahda qui s’occupe du Tourisme. Non seulement en la personne du nouveau Ministre – même si on veut le parer de l’étiquette d’indépendant – mais aussi à travers un nouveau conseiller “mystère”, précédemment conseiller du Chef du gouvernement Hammadi Jebali pour le tourisme, que personne ne connaît ni ne nomme…
Ce changement est en soi une bonne nouvelle puisqu’il semble signifier que le parti au pouvoir se défait de ses “complexes” et a la volonté de relever le défi ; de réussir là où le parti prétendument “moderniste” Ettakatol a manifestement échoué. En ce qui nous concerne, nous ne pouvons que dire : chiche ! – puisqu’il vaut toujours mieux avoir affaire au bon Dieu qu’à ses saints.
Encore faut-il qu’Ennahda se défasse de quelques préjugés et idées préconçues sur le tourisme en général, et le tourisme tunisien en particulier. Le message que nous attendons et qu’attendent les marchés est double :
- qu’on cesse de surtaxer un secteur dont la compétitivité est réduite à zéro après deux années d’incidents et de mauvaise presse. Le fameux rapport qualité/prix qui nous avantageait jadis face à quelques concurrents est désormais bien entamé : la qualité de nos prestations tend à baisser, notre personnel n’est pas toujours aimable, nos villes sont sales et nos prix de revient battent des records de hausse. Dans ce contexte, la nouvelle taxe de séjour de 2 dinars par nuitée est une aberration et les TO annoncent déjà leur refus de la faire payer par leurs clients. Certains, comme Thomas Cook, refusent même de signer les contrats de l’année prochaine si cette taxe n’est pas supprimée. Rappelons que ces contrats sont habituellement signés en ce mois d’avril au plus tard ;
- que le parti au pouvoir cesse de jeter l’opprobre sur le tourisme, comme avait cru pouvoir le faire Abou Yaareb Al Marzouki (désormais repenti d’Ennahda, mais pas de ses anciennes déclarations). Que M. Gamra nous dise que le tourisme n’est pas contraire à l’islam puisqu’il est dit clairement dans le Coran (verset 13 Sourate 49) « O Humains ! Nous vous avons créés à partir d’un mâle et d’une femelle et Nous avons fait de vous des peuples et des tribus afin que vous vous connaissiez entre vous ». Moyen de connaissance entre les peuples, le tourisme est aussi le meilleur moyen de lutter contre le racisme, comme le dit l’imam Chalghoumi (voir notre entretien avec Hassen Chalghoumi). Le tourisme est surtout un secteur essentiel de l’économie au niveau mondial, avec 9% du PIB mondial et 235 millions d’emplois (8% de l’emploi mondial). Un poids qui devrait croître dans les prochaines années, avec 296 millions d’emplois prévus d’ici 2019. En Tunisie, les 400 000 employés directs du tourisme sont des hommes et des femmes parmi les meilleurs jardiniers, cuisiniers, agents administratifs, managers, financiers, informaticiens, ingénieurs, techniciens… Ces hommes et ces femmes sont inquiets et méritent d’être réconfortés.
Et pour finir, il faudrait que notre ministre se prépare à répondre à LA question que ne manqueront pas de lui poser les journalistes étrangers : qui a tué Chokri Belaïd ?

 Lotfi Mansour

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