Colisée de Rome, Colisée d’El Jem…

Un comparatif entre les deux plus spectaculaires monuments romains du monde…

Tous deux inscrits sur la liste du Patrimoine mondial de l’UNESCO, le Colisée de Rome et celui d’El Jem ont beaucoup en commun. Les deux amphithéâtres abritaient les fameux “jeux du cirque” : combats de gladiateurs et batailles navales à Rome, chasses et combats de fauves à El Jem.

Le Colisée de Rome 

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Le Colisée d’El Jem 

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Si celui de Rome est le plus grand (50 000 spectateurs, contre 30 000 pour celui d’El Jem), leur état de conservation est comparable. A El Jem, une partie de l’enceinte est effondrée, mais l’arène est intacte, contrairement au Colisée de Rome.

L’amphithéâtre d’El Jem, construit deux siècles plus tard que celui de Rome, est techniquement mieux conçu et plus perfectionné.

Celui de Rome est construit en briques, cachées à l’extérieur par une façade de pierre. Tandis que celui d’El Jem est entièrement en pierre, ce qui donne à la visite une poésie incomparable.

Autre avantage d’El Jem : il est beaucoup moins fréquenté, ce qui permet de le parcourir en toute liberté, des sous-sols aux gradins !

Lire plus sur TunisiaTourism : Colisées, El Jem mieux que Rome ?




La Constitution de Carthage, un modèle selon Aristote

La Constitution de Carthage était une des trois meilleures du monde ! C’est ce qu’affirmait le philosophe grec Aristote, un des plus grands savants de l’Antiquité.

 

Carthage est le seul Etat, avec la Crète et la cité grecque de Sparte, dont Aristote a analysé en détail les institutions dans son grand livre “La Politique”.

Ces trois gouvernements étaient selon lui « très supérieurs à tous les gouvernements connus ».

Dans cet ouvrage, Aristote décrit les institutions de Carthage qui prévoyaient un équilibre des pouvoirs entre les Suffètes et le Grand Conseil. Il précise aussi le rôle de l’Assemblée du peuple, dans laquelle « chaque citoyen peut prendre la parole sur l’objet en discussion, prérogative qu’on chercherait vainement ailleurs ».

Ainsi, au 4ème siècle avant l’ère commune, la cité de Carthage occupait une place de choix dans l’invention de la démocratie, dont le monde grec n’avait pas l’exclusivité.

Lire plus sur TunisiaTourism.info : La Constitution de Carthage, une des meilleures de l’Antiquité !

 




La Tunisie au temps des corsaires “turcs”

Le rattachement de la Tunisie à l’Empire Ottoman s’est joué grâce à l’intervention de célèbres corsaires : les frères Arrouj et Khaïreddine Barberousse, Dragut, Eulj Ali…

Au début du 16ème siècle, de nombreuses puissances s’adonnaient à la ”guerre de course”. Les navires de commerce des pays ennemis étaient attaqués, leur cargaison revendue, et les passagers capturés pour obtenir une rançon. Les Chevaliers de l’Ordre de Saint-Jean de Jérusalem (devenu plus tard l’Ordre de Malte), l’Espagnol Pedro Navarro, le Génois Andrea Doria se livraient à cette activité.

Du côté des Ottomans, ce sont bien souvent des convertis d’origine chrétienne qui se mettaient au service de dignitaires puis du Sultan lui-même. Ainsi, les frères Barberousse étaient des Grecs nés sur l’île de Lesbos. Dragut – ou Darghouth – venait lui aussi d’un petit village grec, situé aujourd’hui en Turquie.

Tous deux ont installé leurs quartiers en Tunisie. Alors que le pays était convoité à la fois par les Espagnols et les Ottomans, ils ont permis aux seconds de l’occuper définitivement en 1574…

Lire plus sur TunisiaTourism.info : Qui étaient les corsaires “turcs” de Tunisie ?




Le musée de Chemtou a rouvert ses portes

Depuis décembre dernier, le grand musée de la Tunisie numide, à Chemtou dans le Nord-Ouest, est de nouveau ouvert. Pour tout savoir sur la civilisation numide et le précieux “marbre numidique” couleur jaune d’or…

 

Le musée de Chemtou est une superbe réalisation tuniso-allemande, inauguré en 1997, mais fermé ces dernières années pour raison de sécurité.
Sur 2000 m2, il offre une exposition selon les normes modernes qui fait la part belle au fameux “marbre numidique” de Chemtou. Formation géologique du marbre, techniques d’extraction, échantillons, histoire des carrières avant et après les Romains illustrent les différents aspects de ce marbre jaune particulièrement recherché dans l’Antiquité.

La ville antique de Simittu (aujourd’hui Chemtou) se trouvait en plein pays numide et a conservé des témoignages importants de leur art, de leur architecture et de leur écriture, ancêtre du Tifinagh. C’est l’autre volet intéressant du musée.

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Takrouna, Jradou, Zriba : la légende des trois frères

Ces trois villages voisins partagent une légende : trois frères les auraient fondés chacun sur un piton rocheux.

 

Quelques montagnes isolées s’élèvent entre Zaghouan et Enfidha, dominant la grande plaine du Sahel. C’est là que se trouvent les trois villages de Takrouna, Jradou et Zriba.
Le plus spectaculaire est Takrouna. Un panorama saisissant, de jolies maisons berbères, une zaouïa coiffée d’une coupole en tuiles vertes…

Jradou est moins bien préservé, la plupart des maisons ayant été reconstruites en matériaux modernes.
Zriba – l’ancien village, appelé aujourd’hui Zriba Olya – est un magnifique village en ruine, actuellement en cours de restauration.

On raconte que trois frères venus du Maroc se sont autrefois installés dans la région, chacun choisissant un piton rocheux pour y édifier un village.
En réalité, Takrouna, qui porte un nom berbère signifiant “site fortifié” ou “pente”, est beaucoup plus ancien…

Lire plus sur TunisiaTourism.info :  Les trois frères de Takrouna, Jradou, Zriba 

Photo : Takrouna © MCM/Imed Dhaouadi




De Djerba à Tataouine en VTT

La Tunisie c’est beau… à vélo ! Depuis vingt-cinq ans, des passionnés se retrouvent chaque année à Djerba pour faire le Sud tunisien en VTT. Pistes le long de la mer, vieilles mosquées, villages perchés, oasis, ksour abandonnés et descentes vertigineuses… un défi sportif et des paysages plein les yeux !

 

Cela fait vingt-cinq ans que ça dure et l’organisateur du Rando-Raid VTT, Pierre Rossé, n’est pas près d’arrêter : « Le jour où le tourisme tunisien sera à son bon niveau de perception par les Occidentaux, le Sud tunisien deviendra une destination référente pour la marche et le trekking dans tout le bassin méditerranéen. Il y a des spots énormes et les infrastructures sont extraordinaires ! », s’exclame-t-il (voir l’interview ci-dessous).

Pendant une semaine, du 22 au 29 octobre, amateurs et sportifs confirmés se sont retrouvés pour affronter les pistes de Djerba et du Sud tunisien, des collines de Guellala aux vieilles ghorfas de Ksar Haddada.

La manifestation était organisée par l’association Rallye Raid VTT Aventure et le magasin La Cyclerie, avec l’appui de l’hôtel Hari Club Beach Resort Djerba pour l’hébergement, le voyage et la logistique.

 

Départ de l’hôtel Hari Club Beach Resort Djerba : 5 jeunes de l’équipe du Sultanat d’Oman ont participé au raid

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En vidéo : 250 km à VTT par les pistes, de Djerba à Tataouine

raid-VTT-video(images fournies par Rallye Raid VTT Aventure)

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Trois questions à Pierre Rossé, organisateur du Rando-Raid VTT Pierre-VTT

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Racontez-nous comment est né ce raid…

Au départ, il y a mon histoire personnelle avec la Tunisie. En 1976, alors que je pratiquais la compétition de vélo sur route, j’ai eu la chance d’être sélectionné par l’équipe de France pour faire le tour cycliste de la Tunisie. Trois années de suite, j’ai ainsi découvert, un pays, une culture… et l’huile d’olive qui n’était pas du tout connue à l’époque ! C’est ainsi que j’ai noué des amitiés en Tunisie et que j’ai pris l’habitude d’y venir chaque année passer des vacances en famille.

L’année de la guerre du Golfe, j’ai découvert Tozeur car il n’y avait plus d’avion direct pour Djerba depuis Toulouse… J’organisais déjà un stage en Espagne pour mes copains de club, et l’idée de lancer un raid a pris corps grâce à mes amis tunisiens. J’ai découvert un autre pays : le Sud tunisien par les pistes, et j’ai eu le coup de foudre. La première édition est partie en 1992 de l’hôtel Hari Club de Djerba ; aujourd’hui, c’est un retour aux sources avec mes amis.

 

Qui sont les participants ?

Ils viennent de toute la France mais il y a toujours eu des Tunisiens avec nous. En 1992, grâce à un partenaire qui a offert des VTT, cinq cyclistes tunisiens ont participé dont Zemni, Merdassi, Louati qui étaient de grands champions des années 70. Cette année nous avons 5 jeunes de l’équipe du Sultanat d’Oman : ils participent dans quelques jours au championnat arabe de VTT en Tunisie, et font leur stage de préparation avec nous.

Nous avons aussi compris que pour faire venir les gens tous les ans, il fallait proposer un programme pour les épouses : elles font de la marche sur notre circuit et nous faisons les bivouacs ensemble. Le circuit fait entre 200 et 250 km sur une semaine mais il est accessible à tout le monde. Ceux qui viennent pour la première fois ont les yeux comme ça et promettent de revenir l’an prochain !

 

Le Sud tunisien, pourquoi ?

Nous avons toujours fait le Sud tunisien, et nous n’avons pas fait deux éditions identiques depuis vingt-cinq ans. On peut y faire dix fois le parcours de cette année avec la même diversité. Le jour où le tourisme tunisien sera à son bon niveau de perception par les Occidentaux, le Sud tunisien deviendra une destination référente pour la marche et le trekking dans tout le bassin méditerranéen. Il y a des spots énormes et les infrastructures sont extraordinaires !

 

 




Dougga : nos ancêtres les Numides

A l’occasion du 20ème anniversaire de son inscription au Patrimoine mondial, le spécialiste de Dougga Mustapha Khanoussi revient pour nous sur l’importance de ce site qui en dit beaucoup sur l’histoire de notre pays.

A la lumière des découvertes récentes, on apprend comment de vieux citadins autochtones ont adopté le mode de vie romain au point de construire eux-mêmes, au cœur de leur ville, la plupart des monuments de style romain qu’on admire aujourd’hui. Entretien.

 

Qu’est-ce qui a changé depuis vingt ans dans la connaissance que l’on a de Dougga et de son histoire ?

Mustapha Khanoussi Les avancées sur le plan scientifique sont exceptionnelles. La plus importante est qu’on a mis fin à une hypothèse acceptée par toute la communauté scientifique depuis plus d’un siècle, et qui considérait qu’il y avait à l’époque romaine deux ensembles distincts : une ville indigène ancienne en haut du site, et une ville romaine créée ex-nihilo en contrebas. Depuis, la preuve a été apportée qu’en réalité, les deux communautés – anciens habitants numides et nouveaux habitants romains – ont cohabité dans le même espace urbain. Moi-même, en analysant les données disponibles, j’étais déjà arrivé à la conviction que Dougga n’avait jamais été une “ville double”. Ce que les recherches archéologiques n’ont fait que confirmer par la suite. L’avancée la plus spectaculaire a été la redécouverte d’un monument dont les vestiges sont voisins du Capitole, et qu’on avait interprété au début du XXe siècle comme un bassin datant de la première époque romaine. Il s’est révélé être le maqdes – le sanctuaire, en langue sémitique – de Massinissa. Ce que l’ancienne hypothèse empêchait de voir.
De même, on croyait que le mausolée numide [situé plus bas que la supposée“ville romaine”] se trouvait en pleine campagne. Or on a retrouvé des parties de murs préromains à proximité, dans la maison du Trifolium. Le mausolée faisait en réalité partie d’une nécropole située dans la ville numide.

Autre découverte : ce qu’on prenait pour les vestiges de remparts numides avec des tours s’est révélé être un mur de l’Antiquité tardive, tandis que ces “tours” étaient des monuments funéraires numides. Thugga n’a jamais eu de fortifications à l’époque numide.
Les fouilles récentes ont aussi révélé une architecture funéraire numide très variée (mausolées, dolmens, bazinas, sépultures à base quadrangulaire) et une sépulture préhistorique datant du début du IIe millénaire avant J.-C. Le site était donc déjà occupé à l’extrême fin de la Préhistoire.

Peut-on dire que Dougga est le plus important site du Maghreb pour la compréhension de la société romano-africaine ?

Pour moi, oui. C’est en tout cas l’un des plus importants et des mieux documentés. Un texte de Diodore de Sicile mentionne Dougga au temps de l’expédition d’Agathocle en Afrique (fin du IVe siècle avant J.-C.) comme une « “polis” (ville) d’une belle grandeur ». Quand on connaît le peu de considération des Grecs pour les peuples “barbares”, cela dit bien que la Dougga numide était une véritable ville, pas un village ni une bourgade. Quel autre site d’époque punique bénéficie d’un tel témoignage ?
Dougga est aussi le seul site où on a constaté l’utilisation de la langue libyque dans les textes officiels. Je pense pour ma part qu’elle a été le berceau de l’invention de l’alphabet libyque. L’inscription bilingue, en libyque et en punique, du mausolée de Dougga, aujourd’hui exposée au British Museum à Londres, est pour le déchiffrement de l’alphabet libyque l’équivalent de la pierre de Rosette qui a permis de déchiffrer les hiéroglyphes égyptiens.

Pour moi, avec l’installation des colons romains sous le règne de l’empereur Tibère (14-37 après J.-C.), Dougga a cessé d’être une ville numide à 100%, mais elle n’est jamais devenue une ville romaine à 100% car l’héritage numido-punique est resté très fort : tissu urbain, habitat, murs… Avec le temps, une parure monumentale à la romaine a été mise en place avec la contribution de riches donateurs des deux communautés. Une riche collection d’inscriptions latines nous permet de suivre pas à pas ce phénomène de brassage et de promotion sociale des autochtones. On a le cas de la famille autochtone des Gabinii qui a marqué la topographie du site entre le milieu du Ier siècle après J.-C. et le milieu du IIIe. Une autre famille autochtone, les Marcii, a financé le Capitole et le Théâtre.
Cette histoire a dû exister ailleurs, mais c’est à Dougga qu’elle est la plus visible et la mieux lisible. On la touche presque.

 

Mustapha Khanoussi est Directeur de Recherche en Histoire ancienne et archéologie antique, ancien conservateur du site de Dougga et expert en patrimoine mondial.

 dougga-1Dougga : le mausolée numide.

En haut : le théâtre.




La religion, ça se partage !

A Djerba, des musulmans participent au pèlerinage juif de la Ghriba. Loin d’être marginaux, les lieux de culte partagés sont très répandus en Méditerranée, de la Turquie à l’Egypte, de l’Algérie à la Palestine en passant par la Tunisie…

 

A Djerba, des musulmans participent chaque année au pèlerinage juif de la Ghriba. La synagogue du Kef a été aussi un lieu de culte partagé par les juifs et les musulmans. Loin d’être des cas marginaux, ces histoires reflètent un phénomène très répandu autour de la Méditerranée, de la Turquie à l’Egypte et de l’Algérie à la Palestine en passant par la Tunisie.

“Lieux saints partagés” est le titre d’une passionnante exposition* sur ce sujet. Présentée en 2015 au musée MuCEM de Marseille, elle est actuellement visible au musée du Bardo dans une nouvelle version, complétée par des pièces de grande valeur historique provenant des musées tunisiens. Dans ses deux versions, l’exposition évoque bien sûr des cas de partage impossible, comme dans les Territoires occupés par Israël. Mais on y découvre à quel point il s’agit d’une anomalie, contraire à des pratiques bien ancrées. Non seulement les religions du Livre partagent les mêmes récits et les mêmes prophètes, mais bien souvent leurs fidèles se côtoient dans les mêmes sanctuaires.

Marie, une vénération partagée

La figure de Marie-Mariem, vénérée par les chrétiens comme par les musulmans, est une des principales passerelles entre religions. A Oran, par exemple. L’église de Santa Cruz, dédiée à la Vierge Marie, a été édifiée au 19e siècle pour célébrer la fin d’une terrible épidémie de choléra. Sa fête annuelle connaissait une participation massive de toute la population de la ville, catholiques et musulmans confondus. De nos jours, des pieds-noirs originaires d’Oran ont créé un nouveau sanctuaire à Nîmes, dans le Sud de la France, pour perpétuer ce pèlerinage ; et des musulmans originaires d’Oran y participent également.

Et à Oran même, bien que la porte de la chapelle de la Vierge soit désormais fermée, des musulmans continuent à s’y rendre pour contempler la statue de Marie par une petite lucarne… Les autorités coloniales, qui avaient cru à l’époque utiliser la vénération des musulmans pour Marie-Mariem pour faciliter les conversions, en sont restés pour leurs frais : les Algériens fréquentaient effectivement les lieux qui lui étaient dédiés, sans pour autant changer de religion.

De même, à Jérusalem, l’église du Sépulcre de la Vierge était fréquentée par les musulmans depuis le Moyen Age ; on y trouve même un mihrab. Au Sinaï, des musulmans viennent prier dans la chapelle du Buisson ardent du monastère Sainte-Catherine.

L’exposition est richement illustrée d’images et de textes sacrés mettant en relief les figures à la fois coraniques et bibliques d’Issa-Jésus, Mariem-Marie, Ibrahim-Abraham, Elyas-Elie…

Le Coran bleu : versets évoquant Issa (Jésus) (11e s., musée de Kairouan)
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Saints et pèlerinages

En Tunisie, la synagogue de la Ghriba à Djerba – l’une des plus anciennes du monde – reçoit de nombreux musulmans lors du pèlerinage annuel commémorant Rebbi Meïr et Rebbi Shemun. On a connu autrefois le cas inverse : le mausolée de Sidi Mehrez, saint musulman du Xe-XIe siècle, était aussi fréquenté par les juifs de Tunis avant leur dispersion. Rien d’étonnant à cela puisque Sidi Mehrez, “saint patron” de la capitale, a la réputation d’avoir accordé sa protection aux juifs et de leur avoir attribué un quartier dans les murs de la ville.

En Turquie et dans les Balkans, c’est le personnage énigmatique d’al-Khidr, mentionné par certaines traditions musulmanes, qui est l’objet d’un culte partagé : la population le confond avec la figure chrétienne de saint Georges. C’est ainsi que le monastère grec-orthodoxe de Saint-Georges près d’Istanbul accueille chaque année un grand rassemblement de cent mille pèlerins, musulmans et chrétiens confondus. Il existe même, en Macédoine, une petite église où se déroulent de curieuses célébrations le jour du 6 mai, fête de saint Georges : les chrétiens viennent y prier le matin, puis la gardienne du sanctuaire décroche les icônes orthodoxes et les musulmans s’y prosternent à leur tour.

Quand la religion rassemble…

Culte partagé rime souvent avec générosité. Louis Massignon, traducteur du Coran, a passé sa vie à étudier l’islam tout en étant un chrétien fervent. Il a fondé en 1954, en Bretagne, un pèlerinage dédié à la paix en Algérie qui se référait aux Sept Dormants, un récit commun aux musulmans (sous le nom de Ahl el-Kahf) et aux chrétiens ; ce mythe présente de surcroît une grande ressemblance avec une vieille légende bretonne. Autour de la Méditerranée, il existe plusieurs lieux sacrés commémorant les Sept Dormants et fréquentés par les adeptes des deux religions.

Plus récemment et dans la même lignée, le père jésuite Paolo Dall’Oglio, passionné par l’islam, avait fondé en Syrie une communauté religieuse mixte, chrétienne et musulmane. Il s’est livré à l’Etat Islamique pour obtenir la libération d’otages musulmans ; il n’en est jamais revenu.

Pourquoi les habitants de Lampedusa manifestent-ils une si forte solidarité avec les réfugiés qui échouent, jour après jour, sur leurs plages ? Sans doute parce que leur île a été de tous temps un refuge pour les naufragés. Or depuis le 16e siècle, les marins chrétiens comme musulmans disposaient des offrandes et des vivres à l’intention des naufragés dans une grotte sacrée, qui était dédiée à la fois à Marie et à un saint musulman. Là encore, il y avait une histoire de religion partagée.…

G.M.

 

* Exposition du MuCEM (Marseille) en partenariat avec le musée du Bardo et l’INP. Jusqu’au 12 février 2017.

Photo du haut : image populaire représentant Marie, Syrie
Sauf mention contraire, les illustrations de cet article proviennent de l’exposition de Marseille ou de celle de Tunis.

 

Pèlerinage juif de la Ghriba à Djerba, également fréquenté par des musulmans
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Prêtre orthodoxe et fidèle musulman au monastère Sainte-Catherine au Sinaï

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Sanctuaire musulman de Sidi Mehrez, fréquenté aussi autrefois par les juifs de Tunis

(photo MCM)

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La sourate de Mariem (œuvre contemporaine), statue de la Vierge (19e s.) et statue d’une déesse-mère (musée archéologique de Nabeul)
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Mariem-Marie et l’ange Jibril-Gabriel : récit de l’Annonciation dans le Coran (à gauche) et dans l’Evangile (à droite), icône libanaise du 21e siècle
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Mosquée de Chenini, un des lieux où est commémoré le mythe musulman et chrétien des Sept Dormants/Ahl el-Kahf
(photo MCM)
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L’ascension d’Elie (Elyas) dans un char tiré par des chevaux, bas-relief découvert à Sbeïtla
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Symboles sur des fibules du Sud tunisien

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Symboles sur des lampes chrétiennes antiques
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Culturas, un musée sous la mer

Des sites archéologiques sous-marins de Tunisie sont en cours d’aménagement pour être visités par les plongeurs amateurs. Un projet né d’une coopération tuniso-sicilienne.

 

Bientôt, on pourra se promener au fond de la mer au milieu d’objets antiques, et lire les informations concernant chaque pièce sur une étiquette, comme dans n’importe quel musée. A condition, bien sûr, d’être initié à la plongée sous-marine.

Culturas est le nom de ce projet innovant qui permettra de mettre des sites archéologiques sous-marins à la portée du public. Déjà, au large de Raf-Raf, des objets antiques reposant au fond de la mer ont été recensés, nettoyés de leur gangue d’algues et d’organismes marins, et enfin étiquetés pour être intégrés dans un parcours. Le même sort attend d’autres sites sous-marins face à Tabarka et à Kerkouane.

Occupant une position centrale en Méditerranée, la Tunisie est entourée d’épaves de toutes les époques – la plus fameuse étant celle de Mahdia, dont la cargaison de pièces d’art hellénique est exposée au musée du Bardo. Cargaisons de navires ayant sombré, ou parties de cités antiques recouvertes par la montée du niveau de la mer, forment un véritable musée sous-marin tout le long des côtes tunisiennes.

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Culturas est l’acronyme de “Culture et tourisme actif et soutenable”. Le projet s’inscrit dans le programme de coopération tuniso-italienne, et plus particulièrement avec la région Sicile. Côté tunisien, l’ONTT et l’INP en sont partenaires.

Le but de ce projet est d’associer la valorisation du patrimoine archéologique à un tourisme durable à travers des activités sportives. Ainsi, outre la plongée sous-marine, le cyclotourisme sera concerné puisque des itinéraires de découverte en vélo de sites archéologiques sont aussi en préparation. L’ambition est d’aboutir à des parcours transfrontaliers : la province de Trapani en Sicile (qui appartenait autrefois à l’empire de Carthage) fait aussi partie des zones pilotes pour ce projet.

Photos : Slim Mdimegh




il flottera toujours…